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Quelle différence y a-t-il entre la simple peur et la phobie ?

Tout d’abord il convient d’établir ce qu’est une peur avant de parler de phobie car la définition de la phobie elle-même se définit souvent comme une peur démesurée. Nous reviendrons ensuite sur la définition de la phobie.

La peur est une des émotions de base selon l’approche théorique dite des « émotions de base » selon Paul Ekman dont la liste est : la joie, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût et la surprise. Les autres émotions seraient donc des émotions mixtes, c’est à dire un composé des émotions de base. Pour définir la peur, nous avons donc besoin de définir ce qu’est une émotion.

Emotion vient du latin « Emovere » qui veut dire « mettre en mouvement » ce qui nous donne finalement une définition simple : « une émotion est un message envoyé par une partie de notre corps pour nous indiquer de changer quelque chose », c’est à dire se mettre en mouvement.
En ce qui concerne la peur le message est « Tu n’es pas prêt à affronter ce qui va arriver ».
La peur apparaît lorsque nous imaginons le futur d’une situation et que de manière consciente ou pas, nous ne nous sentons pas réellement prêt à affronter celle-ci. Nous percevons donc cette possibilité comme dangereuse pour nous avec pour réponse la lutte ou la fuite.

La phobie va apparaître lorsque le patient crée une distorsion cognitive de la réalité. La peur va alors être exagérée au point de provoquer chez le sujet une véritable panique, avec des réactions disproportionnées par rapport aux comportements nécessaires en présence du danger potentiel. Puis l’angoisse remplacera progressivement cette peur panique, jusqu’à envahir d’autres domaines de la vie du patient.

Prenons un exemple : « l’arachnophobie »
Le patient va avoir la vision de l’araignée comme étant un danger immense, alors que la plupart des araignées en France ne sont pas dangereuses et ne peuvent même pas nous mordre. La simple vision de cette araignée va déclencher chez le patient des cris, voire des mouvements désordonnés et inappropriés. Une simple tape de la main élimerait sans coup férir l’animal sauvage qui terrorise le patient.

Pour traiter la peur on le voit donc, il suffit de se préparer au danger et la peur diminue notablement. La phobie, elle, va nécessiter un véritable recadrage de sens et des sens, puisque c’est une collaboration entre le corps et l’esprit qui permettra au patient une reprise du contrôle de sa réalité. Diverses techniques facilitent ce recadrage pour le traitement des phobies. La régulation émotionnelle, la double dissociation VK (Visuel-Kinestésique), l’hypnose, ou un traitement psychanalytique peuvent donner des résultats, mais ceux-ci ne sont pas validées scientifiquement par manque de preuves concordantes et d’études scientifiques correctes. Les TCC (Thérapies Comportementales et Cognitives) sont les seules à avoir données des résultats probants scientifiquement. Ces thérapies fonctionnent par la confrontation du patient avec la situation dérangeante. Dans certains cas, cela n’est pas facile à obtenir. Par exemple aller au sommet d’un immeuble avec un phobique pourra devenir très dangereux, tant pour le patient que pour l’opérateur. Et imaginez la difficulté à obtenir une situation de décollage d’avion par trois fois en une heure… Aussi le recours à la TERV (Thérapie par Exposition à la Réalité Virtuelle) est une solution très adaptée, quand elle est couplée avec les TCC car elle permet d’exposer le patient à ces situations dérangeantes de manière graduelle et sans coût supplémentaire. Pendant la séance, il est possible d’immerger le patient dans le contexte, par exemple « il se verra à sa place dans l’avion pendant le décollage », ou « à son bureau tandis qu’une araignée s’approche de sa main ». Et cela sans avoir besoin de mobiliser des moyens considérables. Pas besoin d’avion coûteux et pas d’araignée insaisissable à trouver.