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Êtes-vous sensible au regard des autres ?

Manger seul(e) au restaurant, faire une présentation, aller à la piscine ou à la plage, répondre à une interview pour passer à la télévision ou assister à une émission de télévision vous est impossible. Vous êtes beaucoup trop intimidé par le jugement de l’autre. Vous voulez être parfaits devant l’œil accusateur de l’autre pour qu’il n’ait rien de négatif à penser de vous. Vous estimez qu’ils savent mieux que vous ce qui est bien pour vous. Vous voulez vous faire le plus petit possible. Le regard de l’autre vous effraie, l’idée d’un jugement négatif d’autrui est insupportable : vous souffrez peut-être de blemmophobie.

femme qui se cache

1. La blemmophobie, qu’est ce que c’est ?

La blemmophobie est un trouble psychologique associée à la phobie sociale et qui est la peur du regard de l’autre. Ce trouble anxieux n’est pas une simple timidité c’est une peur forte et irraisonnée du regard de l’autre. En particulier sur le jugement que l’on pourrait avoir sur son corps. En effet, l’image de son corps (nu.e ou habillé.e), que l’on peut laisser voir aux autres est la problématique prédominante. Il semble impossible de se mettre en maillot, de faire une présentation en public ou encore de se changer dans des vestiaires communs. Vous êtes terrorisée à l’idée de vous ridiculiser devant les autres, de les décevoir, de ne pas être assez bien pour eux, et qu’ils vous rejettent. Un jugement négatif de leur part est une de vos plus grosses angoisses, de par ce que vous faites, ce qu’ils voient, ou par l’interprétation qu’ils se font d’une action réalisée.

2. Pourquoi autant de craintes face au regard de l’autre ?

Notre cerveau fonctionne avec 3 types de pensées, et adapte ses actions en fonction de celles-ci : ce que vous pensez de vous, ce que les autres pensent de vous, et ce que vous pensez que les autres pensent de vous. Il est normal de se préoccuper de ce que les autres pensent de vous, mais il faut que cela soit en accord avec les deux autres pensées. Gardez en tête que vous n’êtes pas dans la tête des autres, mais que votre système de pensée est relatif à vos valeurs.

En effet, il faut se souvenir que le regard que vous pensez que les autres portent sur vous est, en tout premier lieu, le jugement que vous vous faites à vous-même et à vos propres valeurs. Vous avez peur qu’ils mettent en avant des idées ou des pensées que vous avez vous, de vous-mêmes. 

C’est pourquoi, il vous semble que vous n’ayez jamais le droit à l’erreur. Vous avez l’impression que si vous montrez un signe de vulnérabilité cela est néfaste pour vous.

3. L’importance de l’autre

L’homme est un être social et a besoin de l’autre pour vivre. Maslow, psychologue reconnu, a créé une pyramide des besoins. D’après lui, l’homme, pour vivre, a besoin de répondre à certains de ses besoins. Pour lui, après les besoins physiologiques et de sécurité, appartenir à l’autre est un besoin important. En effet, si on se réfère à l’histoire humaine, l’homme a toujours eu besoin du soutien de l’autre. Que ce soir pour aller se nourrir ou pour aller chasser. Le besoin d’appartenance est donc inné et le regard de l’autre nous permet de nous adapter et d’appartenir à un groupe.

Le regard de l’autre permet également de se référer à notre jugement et à celui des autres dans une situation. Il nous permet donc de respecter les codes, et différents éléments présents dans une culture. De plus, il nous apprend alors à avoir une sensibilité particulière. Cela nous donne la possibilité de faire plus attention aux autres et à ce qu’il y ait un respect mutuel.

Néanmoins, à trop se préoccuper de l’autre, à avoir une trop grande sensibilité, cela peut nous mettre à mal. Ainsi, on s’occupe plus de ce qu’il faut être par rapport aux autres, en effaçant petit à petit qui l’on est. On veut toujours faire plus plaisir à l’autre, plus l’aider, et on oublie de s’écouter soi-même. A long terme, à force d’écouter l’avis des autres et leurs pensées, cela devient de plus en plus pesant. On peut ne plus oser agir. Alors, on se retrouve à se limiter dans notre champ d’actions, de pensées ou de paroles. Par conséquent, on peut rater alors de bonnes opportunités.

 

4. Quelles peurs sont associées à la peur du regard des autres ?

De nombreuses peurs sont souvent associées à la peur du regard des autres. En effet, comme cette peur prend beaucoup de place en nous, elle peut être le symptôme ou les conséquences de cette angoisse. On y voit souvent de la peur du rejet, une peur de l’échec, ou une angoisse de paraître ridicule. Mais également d’être perçu comme anormal. Ou d’avoir une anxiété face à la perte de contrôle dans certaines situations (en particulier aux situations sociales). De ce fait, vous êtes anxieux d’être vu lors d’activités où votre corps peut être dévoilé (cabines d’essayages, toilettes, rapports sexuels). Vous pouvez même vous imaginer que vous êtes observés dans ces moments là et cela peut être angoissant.

5. Quels sont les symptômes fréquents de la peur du regard de l’autre ?

Comme toutes les anxiétés, la peur du regard de l’autre peut amener à des symptômes physiques. En effet, elle peut provoquer des crises d’angoisse dans ces situations telles que des douleurs thoraciques, une tachycardie, des tremblements, des sueurs, des tensions musculaires etc. Elle peut également se manifester par une gorge nouée ou la bouche sèche.

Cette anxiété peut être si intense que vous pouvez en arriver à une perte de connaissance. Par consquent, vous perdez conscience dans des situations qui vous sont anxiogènes

Vous avez aussi, parfois la sensation d’être écrasé, de vous sentir tout petit dans une grande immensité autour de vous. C’est comme si ce vide vous faisait sentir si petit que vous en êtes presque inexistant.

Ce sentiment peut aller jusqu’à vous paralyser. Vous vous sous-estimez tellement que vous n’arrivez plus à donner le meilleur de vous-mêmes. Vous échouez sur certaines tâches qui vous renforcent dans l’idée que vous n’y arrivez pas.

6. Quelle origine à la peur du regard de l’autre ?

Il n’existe pas une seule origine à la peur du regard de l’autre. Elles sont multiples et parfois plus sous-jacentes que ce que l’on pense.

Dans un premier temps, elle peut être liée au fait que, à l’adolescence, notre corps se modifie, et traverse ses modifications sans explications claires, et sans pouvoir accepter notre nouveau corps peut être difficile. Cela amène au fait que, souvent vous avez tendance à vous remettre en question, et de cette manière vous vous dévalorisez beaucoup. Vous devenez particulièrement exigeant envers vous-mêmes, jusqu’à avoir des attentes inatteignables sur vous ou votre corps. 

Le harcèlement scolaire ou une maltraitance dans l’enfance ou l’adolescence par ses pairs ou dans son milieu familial peut avoir des conséquences importantes sur cette phobie du regard de l’autre. C’est un réel traumatisme où l’autre est au centre de votre vie. Il fallait faire attention de bien faire pour ne pas décevoir et ne pas se faire réprimander par notre entourage. On retrouvait donc toujours cette quête de la perfection pour ne pas être reprochable. 

En outre, il est également possible que votre anxiété face au regard de l’autre vienne de l’environnement familial dans lequel vous avez grandi. En effet, si votre famille est de nature anxieuse vous avez plus de chance de faire attention au regard de l’autre. Il est également possible que votre famille vous ait légué des valeurs d’hypervigilance sur vos erreurs ou vos imperfections. Dès que vous ne conveniez pas selon les représentations de votre famille, vous vous le faisiez reproché. Il y avait toujours une recherche de perfection dans votre famille et l’erreur n’était pas de mise. De cette façon, durant toute votre évolution, vous étiez persuadé que l’avis des autres était particulièrement important. De plus, il est possible que vous ayez manqué d’encouragements et de reconnaissance. Vous vous battiez continuellement pour faire le meilleur de vous-mêmes mais cela n’a pas forcément été remarqué ou considéré. 

La peur du regard de l’autre peut aussi venir de votre personnalité. Vous avez une personnalité introvertie, et n’allez pas facilement ou sans grande envie vers les autres. Attention, vous n’êtes pas pour autant timide ou avec une phobie sociale. Mais simplement vous ne voulez pas vous faire particulièrement remarquer, et essayez de vous faire tout petit, et pas trop extraverti.

Il est également possible que vous ayez tellement limité les relations sociales, que vous ayez un manque de connaissance et de compétence concernant vos relations ou vos émotions. Vous n’osez pas aller vers les autres, car il vous semble ne pas avoir les mêmes codes, ou encore que vous avez du mal à gérer vos émotions dans les relations sociales. 

Néanmoins, la peur du regard de l’autre peut arriver plus tard, à l’âge adulte. Elle peut apparaître à la suite d’un traumatisme ou d’un grand changement (physique ou non). Par exemple, on vous annonce que vous avez un cancer. Cette annonce peut être traumatisante, et vous avez donc moins confiance en votre corps, qui vous fait peur car vous avez la sensation qu’il vous a trahi et qu’il faut en avoir honte.

7. Quelles personnalités liées à la peur du regard de l’autre ?

Nous pouvons retrouver de nombreuses caractéristiques communes pour les personnes ayant une anxiété face au regard de l’autre. 

Dans un premier temps, il y a une forte possibilité que vous ayez un mauvais rapport à votre corps si vous souffrez de la peur du regard de l’autre. Vous n’aimez pas votre corps, vous ne vous reconnaissez pas dedans, vous avez l’impression qu’il ne suit pas les tendances actuelles etc. 

En effet, il n’est pas rare de constater que, lorsqu’une personne a une angoisse face au regard de l’autre, elle a une mauvaise estime d’elle-même. De cette façon, vous accordez une importance beaucoup trop grande à ce que les autres peuvent penser de vous

Il est également possible que vous ayez une sensibilité particulièrement accrue et que le fait que vous soyez plutôt introverti renvoie au fait que vous ne vous livrez pas trop. De plus, vous avez l’impression de ne jamais pouvoir être réellement vous-mêmes et de jouer un rôle d’une personne qui n’est pas vous. Cette dissonance est parfois difficile à vivre et à accepter. 

Pour finir, afin d’éviter tout aléas qui vous mettrait dans des situations indélicates, vous avez tendance à tout planifier : activités, conversations, visites …

8. Quelles conséquences à la peur du regard de l’autre ?

La peur du regard de l’autre peut amener à des conséquences à plus ou moins long terme et plus ou moins impactantes dans le quotidien. 

Dans un premier temps, comme vous êtes sensibles, vous avez tendance à être plus irritables voir agressif avec votre entourage. Il ne vous comprend pas forcément, ni vous, ni vos difficultés face aux autres ou à votre corps. Cela peut engendrer des conflits avec vos proches. 

Ce manque de confiance en vous peut vous limiter dans les intéractions sociales, et en particulier vous avez des difficultés à tisser des liens de confiance avec des ami(e)s ou encore dans votre vie sentimentale (difficulté à vous dévoiler auprès d’une personne et de vous investir pleinement dans un couple). Vous n’osez pas donner votre avis, et avez du mal à faire confiance aux autres quel que soit le cadre (amitié, hiérarchie, entourage, conjoint…).

Souvent, vous ne vous exprimez pas sur ce que vous ressentez, sur ce que vous aimez, et vous vous privez de faire des activités ou de dire des éléments qui vous tiennent à cœur. Vous avez tendance à vous replier sur vous-même, et à vous isoler. De ce fait, vous êtes de plus en plus absents des activités de groupe ou encore évitez certains lieux où votre corps (habillé ou nu) risque d’être exposé. La plage, la piscine ou encore des consultations médicales sont des lieux affreux pour vous. 

Comme vous avez peu confiance en vous, vous avez des difficultés à trouver votre place au sein d’un groupe ou même de la société. C’est à dire que vous avez peur de ne pas être à la hauteur des autres ou des attentes. De ce fait, vous vous battez continuellement contre vous et contre votre envie de toujours faire mieux pour prouver votre valeur. Ainsi, vous augmentez vos risques de faire un burn out. D’autant qu’il vous faut tout planifier et tout anticiper. Cela ne laisse pas de place à l’imprévu qui vous déstabilise complètement si un aléa fait surface.

En laissant votre blemmophobie prendre beaucoup de place, petit à petit, il y a le risque que celle-ci se généralise en agoraphobie ou en phobie sociale. De plus, à force de voir des symptômes grandir, il y a un risque d’augmenter des symptômes dépressifs car l’autre prend trop de place en nous.

9. Qui est plus enclin à la blemmophobie ?

Beaucoup de monde souffre de blemmophobie, ou du moins, d’une crainte face au jugement de l’autre. Cela signifie donc que votre crainte face aux pensées négatives de la personne que vous croisez est mutuelle. 

En revanche, la phobie du regard de l’autre apparaît majoritairement à l’adolescence ou lorsqu’on est jeune adulte entre 14 et 20 ans. En effet, à cette période le corps connaît beaucoup de changements et l’acceptation de ces changements n’est pas forcément complètement acquise. 

Néanmoins, elle touche entre 3 et 13% de la population globale. Elle touche majoritairement les femmes (environ 2 femmes contre un homme). Elle peut apparaître à l’âge adulte, avec cette peur constante de ne pas être à la hauteur, en particulier au travail.

10. Comment ne plus craindre le regard de l’autre ?

Voici quelques astuces à utiliser au quotidien pour diminuer la peur du jugement de l’autre

Dans un premier temps, vous êtes votre propre ennemi. Vous donnez aux autres des intentions ou des valeurs que vous avez vous-mêmes. Évitez donc de porter un jugement négatif sur les autres et vous verrez que vous vous imaginerez plus facilement qu’il est possible d’émettre un jugement plus positif et par conséquent, d’en recevoir un. Ne voyez pas l’autre comme étant forcément néfaste, mais dites vous qu’il peut être une source de bienveillance, et peut vous vouloir du bien. De plus, être imparfait est rassurant pour les personnes qui vous croisent. Lorsque l’on voit une personne trop parfaite, nous avons vite tendance à penser qu’elle cache quelque chose, qu’il faut se méfier etc. Etre imparfait, c’est être humain ! 

Gardez en tête que le jugement de l’autre ne nous définit pas. Il faut donc comprendre et accepter qui on est vraiment. Il n’est pas nécessaire d’être toujours trop gentil avec son entourage, mais l’important est de savoir être vrai. Faites des choses, dites des choses, qui vous font plaisir. Agissez de manière à être heureux et pas de manière à être approuvé. Vous ne lisez pas les pensées des autres. Et surtout, vous plairez à certains, et déplairez à d’autres, quoi que vous fassiez, et qui que vous soyez. Donc décidez d’être celle / celui qui vous rend heureux. Laisser l’autre décider pour vous, ou accorder trop d’importance à son avis, c’est lui donner une place dans tyran dans votre vie. En effet, plus vous donnez d’importance à une personne, et à son avis, plus vous lui donner du pouvoir sur vous. Soyez l’acteur et le réalisateur de votre propre vie. Répétez vous quelques phrases auto-instructives qui vous définissent et qui vous donnent de la force : “Je me sens bien”, “Je suis fort(e)”, “Ma place est ici, à ce moment présent”…

Essayez de vous forcer à aller vers les autres. En effet, faire du bénévolat, de l’enseignement, donner des cours etc. vous oblige à être près de l’autre, et à voir qu’il peut être bon. Vous lui apportez une aide, et vous vous référez donc à un système de valeur positif. De plus, vous apprenez à connaître l’autre dans une proximité particulière et unique. 

Pour finir, lorsque ça ne va pas, faites ce petit exercice : Réfléchissez, et revisualisez vous dans le dernier lieu public où vous avez été. Peut-être dans le métro, dans le bus, dans une salle de cinéma ?  Ou bien dans un restaurant, un parc ? Essayez de vous souvenir d’une personne que vous avez vu et pensez à cette personne et tous les détails de cette personnes : de quelle couleur était son haut ? Son pantalon ? Comment étaient ces chaussures ? Quelle était sa posture, sa démarche ? De quelles couleurs étaient ses yeux, ses cheveux ? Y avait-il des nuances dans ces couleurs ? Comment était son nez, sa bouche ? De quelle longueur étaient ses cheveux ? Avait-elle une coupe particulière ? Cette personne avait-elle des bijoux ? Si oui, quels étaient-ils ? La longueur de ses boucles d’oreilles, leur couleur … ? Avait-elle des bagues, comment étaient-elles ? Y avait-il des pierres dessus ? 

Que faisait cette personne ? Avait-elle l’air gentille ? Intelligente ? Etait-elle jolie ? Semblait-elle drôle ? Paraissait-elle énervée ? Tant d’autres questions que l’on peut se poser sur ces personnes que l’on croise au quotidien. Lorsque vous y pensez, vous vous rendez alors compte que vous n’avez pas de réponses à toutes ces questions ? Dites vous alors que vous accordez plus d’importance à ce que vous pensez que les gens voient ou pensent de vous, alors qu’en réalité on est moins observé qu’on pense l’être.

11. Quels traitements à la peur du regard des autres ?

Une prise en charge est importante car cette peur ne part pas toute seule, et risque de s’accentuer si on ne fait rien. En effet, elle pourrait se transformer en phobie sociale, en agoraphobie ou en anxiété généralisée

Dans un premier temps, faites des activités qui mettent en avant votre corps, et qui vous permettent de l’appréhender d’une autre manière : de la danse, du théâtre… Elles sont un excellent moyen de vous libérer de cette peur. 

La communication non violente est une technique particulièrement efficace à utiliser afin de diminuer notre irritabilité et notre agressivité auprès des personnes qui nous entourent. Elle permet de comprendre ses émotions, de comprendre ses besoins et de mettre en avant ce qui nous blesse. De cette manière, nous pourrons communiquer plus facilement avec les autres, et s’ôter l’inquiétude que l’on peut avoir face à leur jugement, et qu’on laisse enfoui en nous. 

Les thérapies cognitivo-comportementales sont aussi particulièrement recommandées dans ce trouble. Elles permettent de se confronter petit à petit à ses angoisses pour apprendre à maîtriser ses émotions, mais également à travailler l’affirmation de soi ainsi à qu’un travail sur les pensées automatiques ou les fausses croyances

A savoir que les thérapies par exposition à la réalité virtuelle font partie des thérapies cognitivo-comportementales et permettent une confrontation en douceur, de manière graduelle et progressive à divers environnements qui vous sont anxiogènes. De cette manière l’image du corps pourra être appréhendée ainsi que la gestion de vos émotions directement en situation. Petit à petit, une habituation se fera ainsi qu’une acceptation de soi. La généralisation des acquis vous permet d’appréhender, petit à petit, les situations réelles.