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COMMENT APPREHENDEZ-VOUS LA COVID-19 ?

Les pandémies ont, depuis toujours, suscité beaucoup d’anxiété, en particulier chez les occidentaux. On a pu constater qu’il y a eu une recrudescence de l’anxiété et de la dépression chez la population, en particulier chez les personnes ayant d’autres maladies qui nécessitent beaucoup de soins (le cancer, par exemple). Au-delà de l’augmentation de l’angoisse, beaucoup ont essayé de pallier leur peur à travers une consommation de substances. Par conséquent, les addictions se sont vues accentuées également. Incertitude, peur de la maladie ou de l’avenir, perte de motivation sur les projets futurs… tant de situations qui ont tendance à nous faire vivre un “burn out” de la pandémie, aggravant considérablement les risques de phobie.

coronavirus

1. La phobie de la COVID

Suite à la pandémie survenur en novembre 2019, le nouveau terme de “coronaphobie” apparaît. En effet, la coronaphobie se définit comme une peur excessive du virus, et de pouvoir le contracter. Ainsi, l’incertitude de la situation angoisse encore davantage la personne coronaphobique. La phobie du coronavirus touche tout le monde, autant les enfants que les adultes ou les personnes âgées. En revanche, on notera une petite prévalence pour les personnes avec des troubles psychiatriques déjà existants, ou encore pour les soignants de première ligne.

2. Quelle anxiété durant la COVID-19 ?

La période COVID-19 est une période anxiogène pour beaucoup. Le mot “mort” et “maladie” sont sans cesse répétés. Il est vrai que la peur de mourir conduit le comportement humain puisqu’elle dirige toute l’expérience de son existence. Cette peur prend tant de place que nous perdons parfois le sens de notre vie. Un sentiment d’insécurité se crée, non seulement pour sa santé et son pronostic vital, mais également pour les changements dans la vie mais aussi au niveau de sa place dans la société qui peuvent être occasionnés. De même que la détérioration de la situation économique du pays, comme de notre foyer, est facteur d’angoisse. Près de la moitié de la population dit ressentir beaucoup de stress et d’anxiété en lien avec le virus.

Cette anxiété peut se caractériser sous différentes formes, comme un état de stress post-traumatique, de la colère, de la grande détresse émotionnelle, d’un sentiment de solitude ou encore de stigmatisation. Le risque de tentative de suicide s’est vu considérablement augmenter.

3. Pourquoi cette anxiété ?

Depuis longtemps, pour les sociétés, les pandémies semblent avoir été gérées de la même façon : arrêt des activités quotidiennes normales, sentiment de solitude, inhumanisation de la mort à travers l’anonymat, arrêt des événements de groupes, qu’ils soient heureux (comme les mariages) ou plus tristes (à l’instar des enterrements), isolement et calme morbide à l’extérieur etc. Cette situation limite donc la projection dans l’avenir et donc la création de projets futurs. Ne pas avoir de visibilité sur l’avenir, et ne pas avoir d’échéance à cette attente n’est pas naturel pour l’homme, et est source d’anxiété. L’incertitude est particulièrement difficile à gérer puisque nous avons une intolérance à celle-ci. L’ambiguïté de la situation sanitaire et de son issue aggrave l’anxiété et la peur de la population. 

De plus, certaines informations, rumeurs ou non, peuvent parfois être compliquées à trier. Certaines mesures ou irrespect des règles mises en place de la part des autres citoyens sont aussi anxiogènes. Nous avons, par ailleurs, le sentiment désagréable d’être vulnérable face à la maladie, et de dépendre de règles scientifiques et politiques. Cela peut également être dû au manque de contrôle (par rapport à soi, mais aussi par rapport au gouvernement ou à la science) face à la situation. 

En effet, les épidémies augmentent le risque d’anxiété et de dépression due à la peur de la mort, de perdre des personnes qui nous sont chères, et s’assimile à un état de stress post- traumatique.

4. Quelles conséquences de cette anxiété ?

L’anxiété liée à la COVID-19 engendre différentes conséquences à différents niveaux. En effet, la situation pandémique crée une perte des repères qui peut être difficile à gérer, puisque un déséquilibre se fait connaître.

5. Un repli sur soi

D’un point de vue relationnel, cette anxiété laisse place à un grand repli sur soi. Repli sur soi pouvant venir de la peur de contracter la maladie. Toutes les personnes autour de vous deviennent une source de danger, puisque source de contamination. Vous pouvez-vous même vous sentir danger pour les personnes qui vous sont chers, et vous en vouloir de risquer de le transmettre à d’autres. 

Ce repli sur soi peut aussi se faire connaître par la peur de ne plus avoir sa même place au sein de la société, et de se sentir perdu au niveau des relations aux autres. La société actuelle avait déjà mis à mal les relations aux autres, puisqu’elles sont considérées comme moins fiables et avec moins de solidarité qu’il y a quelques décennies. Mais le distanciel ainsi que les contraintes sociales mises en place par le gouvernement n’a fait que faire craindre davantage la force de ses relations.

6. Diminution et changements des relations sociales

Dans un souci de respect des consignes politiques, mais également de protection civile, nous avons tous diminué nos intéractions sociales puisque nous avons tous, potentiellement, le risque de contaminer nos proches. L’autre devient alors source de méfiance, en qui nous avons, désormais, moins confiance.Ce changement risque de faire grandir, encore davantage, l’individualité de notre société.

7. Apparition de troubles psychiques

L’anxiété face à la situation nous fait adopter certains comportements que l’on pourrait considérer comme mal adaptés. En effet, il se peut que certaines conduites apparaissent comme le lavage excessif des mains, une consommation de nourriture, d’alcool ou de drogue de manière excessive, créer un stock de provisions à son domicile de manière surdimensionnée, s’enfermer complètement dans son domicile ou encore éviter toutes relations interpersonnelles. 

Ces comportements tendent à engendrer des troubles psychiques plus graves, comme des anxiétés sévères ou des troubles de la personnalité.

8. Troubles du sommeil

L’anxiété fait augmenter la rumination d’idées négatives liées à la COVID-19, c’est pourquoi, il est constaté qu’il y a une augmentation des troubles du sommeil : insomnies, augmentation du temps de sommeil, cauchemars etc.

9. Qu’est ce que le FCV 19S ?

La FCV-19S est une échelle qui permet de développer le niveau d’anxiété face à la crise de la COVID-19. Elle est très rapide, afin d’avoir une idée claire, facilement de ce que vous pouvez ressentir en cette période anxiogène. Elle a été traduite dans plus de 20 langues. Cela prouve à quel point la crise sanitaire a pu impacter tout le monde, quelle que soit sa culture, son pays d’origine ou la situation économique et politique de l’État. 

Reconnaître le niveau d’anxiété face à une situation permet de pouvoir se prendre en charge le plus rapidement possible et de la manière la plus adaptée. 

A travers ce questionnaire, vous pourrez avoir une idée de votre niveau d’anxiété face à la crise sanitaire. Répondez de manière tout à fait honnête et naturelle. Vos réponses ne sont ni enregistrées, ni consultées. Ce test, ici, a pour unique but de vous aider à vous éclairer sur l’angoisse que vous pouvez ressentir et à vous aiguiller sur vos possibilités.

10. Quelle thérapie ?

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est considérée comme étant celle qui fonctionne le mieux dans la coronaphobie. Il est vrai qu’il a été prouvé que les TCC réduisent significativement l’angoisse de mort. Par conséquent, elles diminuent les autres symptômes, à long terme, qui sont engendrés par cette peur. Les peurs, par cette thérapie, vont permettre d’être très largement diminuées, et d’enlever les idées noires. 

Les thérapies par exposition à la réalité virtuelle (TERV) font partie de la quatrième vague des TCC. Ils permettent de pouvoir s’exposer dans des environnement anxiogènes afin de créer une habituation de la situation tout en ayant des solutions pour appréhender au mieux ces situations. Vous serez soutenu tout au long de votre soin, et aurez tous les outils pour vous autonomiser le plus rapidement possible.

11. La thérapie par exposition à la réalité virtuelle comme traitement ?

Il est particulièrement important de ne pas laisser une situation anxiogène dans un lieu extérieur s’envenimer au risque de développer de fortes comorbidités. L’exposition en thérapie cognitivo-comportementale permet, en effet, de modifier les croyances erronées face aux attaques de panique mais également dans les situations anxiogènes (Mirabel-Sarron, 2011). Les thérapies par exposition permettent de s’approprier des sensations physiologiques de la panique, et ainsi d’en diminuer sa fréquence (Audet, 1997). Ainsi, le travail thérapeutique se fait sur l’attitude face à la situation, sur les émotions ressenties et sur les cognitions liées à la difficulté (Mirabel-Sarron, 2011). La réalité virtuelle permet d’avoir les mêmes effets que l’exposition classique sans en avoir les contraintes, puisque le ratio coût-bénéfice est largement supérieur qu’en exposition classique (Bottela & al., 2007). Il a, par ailleurs, été prouvé qu’après un suivi thérapeutique avec de la réalité virtuelle pour les patients souffrant d’une phobie, que l’humeur s’améliore, que leur anxiété et que leur évitement sont diminués et que la peur liée à la phobie associée à ses pensées négatives est réduite (Malbos & al., 2013). L’exposition est complètement sécurisée puisque le thérapeute a un accès direct à ce qu’il propose à son patient, et peut interagir à tout moment afin que la personne phobique puisse gérer ses difficultés plus facilement (Rizzo & Kim, 2005). Dès lors, il a été démontré que le traitement de l’agoraphobie en réalité virtuelle permettait des changements visibles et durables sur les patients (Gebera & al., 2016). Le patient avance selon sa temporalité et est suivi dans sa progression tout en étant exposé à des situations qu’il n’aurait pas pu penser surmontables. 

En cette période compliquée pour tous, prendre soin de soi est fondamental. Il ne faut pas se laisser submerger par ses émotions, ses peurs, ses angoisses… Vous êtes acteur de votre vie, vous êtes acteur de votre thérapie. Aucune situation n’est figée, et vous avez la meilleure place pour décider de l’avenir. Un avenir plus serein, un avenir plus calme.

Références : 

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